ENTREZ en CONFIDENCES
Ambiance chaleureuse, douce et rassurante, propice à vous mettre tous les sens en éveil. Dans l’intimité de cet écrin magique, à l’abri du monde extérieur, l’alchimie singulière de la musique et des mots donne naissance au plus poétique des vagabondages. Les Confidences sonores sont une invitation au voyage, un voyage intérieur, reflet d’un carnet de route subtil, constitué de témoignages, d’histoires et de tranches de vie, accumulés par Jean-Louis Le Vallégant au hasard de ses rencontres. Une collecte peu ordinaire de confidences de gens ordinaires. Avec une ambition exigeante et généreuse, les musiciens du Vallégant Noz Unit vous ouvrent la porte de la Casaconfidens. Une expérience insolite, un superbe moment d’intimité en partage. (in présentation de saison LE THEATRE Scène nationale de Quimper)
Un reportage de Gildas CORNIER pour NANTES7
LES CONFIDENCES SONORES : l’intime ordinaire magnifié
envoyé par j2lv. - Regardez plus de courts métrages.
Des images d’Armor TV
LES CONFIDENCES SONORES, une installation spectacle produite par Unicité en coproduction avec le festival LES TOMBEES DE LA NUIT /Rennes, le festival DES PETITS RIENS /Côtes d’Armor, l’Aire Libre /St Jacques de la lande, avec les concours financiers du CNV, de la Région Bretagne, de la Sacem, du Département d’Ille et Vilaine, de la DRAC Bretagne et le partenariat avec la commune de L’Hermitage (35)
CONFIDENCES SONORES J2LV
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Des IMAGES PAN 360 (click sur la photo)
ATTENTION : Pour profiter pleinement du format panoramique sphérique, cliquer sur la CASACONFIDENS, patienter le temps du chargement, puis pointer et faire glisser la souris à l’intérieur de la photographie. Bonne visite.

Du SON (extraits LIVE du spectacle de Bouguenais)
Merveilleuse attente (texte dit par Loïse BOSDEVEIX)
Dioula part 2 (texte dit par Jacques BOUCLE)
Des MOTS
MUSIQUE DE LA FLOTTE RENNES AVRIL 2008
Ma rencontre avec la musique, c’est gamin au bas de l’immeuble à Brest. En dessous de chez nous vit seule une grand’mère, quelque peu paumée dans ce quartier. Elle est violoniste professionnelle divorcée d’un boxeur. Madame Thierry est très gentille, différente des autres mémés qui fréquentent le square. Sur elle, on ne tire pas au ballon.
Nous vivons dans le même immeuble, elle occupe l’appartement sous la chambre de ma sœur. Elle bat le rappel le jeudi après midi à l’heure de Zorro ou de Rusty et Rintintin. Madame Thierry dispense des cours de violon. Une amie de ma sœur les fréquente. Le moment venu, je colle mon oreille au plancher pour à mon tour, recevoir mon cours. Je pense ma leçon de musique, les notes me touchent.
Par la suite je me souviens avoir émis le souhait de pouvoir bénéficier de cours de musique. Mon grand père instit, puis professeur et proviseur, régente la famille. La musique se cantonne aux arts mineurs : Aucune utilité. Tous les jeudi, tous les samedi l’oreille collée au plancher m’enseignent l’inverse. A ce moment précis, je navigue dans un monde à part jusqu’à en inquiéter ma mère. Madame Thierry est anonyme à Brest. Elle y séjourne par hasard, elle possède de l’argent, elle est bizarre, elle joue super. Je ne me suis jamais autorisé à assister à son cours.
Le dimanche après midi je subtilise le tourne disque pour dans ma chambre ou celle de ma sœur écouter « Le lac des cygnes », « Casse noisette » ou encore « le lac de cygnes ». Après avoir soufflé sur le saphir et débarrassé le vinyl de sa poussière, me voici Karayan, baguette en main invitant la soliste à la déclamation. Au lycée de l’Harteloire, je fréquente la chorale où seuls quelques garçons chantent. Ma mère m’incite à m’y rendre. La chorale, un vrai plaisir, jamais je n’ai ressenti de honte à chanter, même à la messe.
A l’école, c’est la flûte que je joue d’oreille tout comme le pipo acheté 1 Franc rue d’Aiguillon chez Paul CAPITAINE. Bien qu’ayant traversé des moments perturbants vers 13 / 14 ans, j’ai toujours gardé un attrait pour la musique. Le classique, les Beatles, la camaraderie du scoutisme et la rencontre de Stivell en 1970. En vacances à l’Île Callot, impeccable, les marées coïncident, nous partons au concert qu’il donne sur Carantec. Une vraie révélation l’esprit embrumé de sa harpe le chemin du retour sur Callot reste mythique encore aujourd’hui : l’eau, la harpe, le soir, les étoiles, le bruit de mer… Vite, chez Capitaine je me procure un tin whistle et attaque Planxty et les Chieftains. En 73, au retour d’une formation para militaire organisée par les relations nationalistes bretonnes de mon père, je jette tout le celtique. Brest m’emmerde, vive le pétard et Crosby Stills Nash and Young. Bonjour Rennes.
Madame Henry en 1977, m’enseigne le violon armée d’une patience d’ange. Elle accepte mon ignorance du solfège. J’intègre le temps qui passe et ce passage rebutant mais nécessaire, j’accède au solfège et stoppe les cours l’année suivante. La musique ne me quitte jamais cependant. En 1985 je redécouvre le plaisir de chanter en chœur à la chorale de la Flume. Alors j’ose davantage, je ne me cache plus, je tiens ma place. Je découvre ma voix, elle s’assouplit dans la nuance…mais il me manque un instrument. A 45 ans j’opte pour le trombone. Un clin d’œil à la musique des équipages de la flotte qu’enfant je singe lorsque impeccable elle défile au bas de Siam. Lorsque avec les copains les accents de la grosse caisse nous secouent le ventre d’un bien être rigolo et envahissant. La musique de la flotte, l’argent des cuivres, la dorure des fourragères je me revois en culotte courte peut-être mais j’étais dans le rang
Et puis le trombone c’est la marade, le new Orleans, le carnaval, la fiesta entre potes. Je découvre par cet instrument l’émotion du baroque, la complexité de l’improvisation et le bonheur de jouer entre copains le vendredi soir. Je fréquente le cours des ados, pas évident.
Mais ne pas être à la fois, musicien et auditeur. L’autre soir en public, j’avais trois temps de silence à compter, je me suis mis à écouter les autres et en ai perdu le repère, j’étais mal, une grosse angoisse, j’ai planté tout le morceau. J’étais vachement déçu, j’avais travaillé par cœur, j’étais navré pour les autres et pour moi. Les plaisirs sont différents. Le plaisir de jouer c’est la plénitude de l’instant et la sérénité qui s’en suit, c’est partir à la recherche du souvenir qui allie bien être et beauté c’est un ressenti qui t’élève.
STANDING RENNES AVRIL 2008
« oui oui, un coca et regarde si tu trouves des Fisherman extra fort… »
A Nîmes ils ont été pris de cours par le traffic de ce pont de juillet, plus un sandwich, plus de Fishermann.
« prends ton temps, on est pas à la bourre, je garde la caisse »
J’observe son retour à travers la vitre ouverte, ses bras d’albatros qui décollent révèlent un ventre nu. Je rigole. Rien de vraiment choquant. Beaucoup d’automobilistes adoptent le smoking boucherie par ce temps caniculaire.
Manque de chance, embargo sur le Fishermann au sud de la Garonne.
« Désolé, tiens toujours le coca…
- Merci, c’est sympa, je te paierai en arrivant
- laisse tomber, on y va ? »
Carrossée GIFA BINZ dernier modèle, la Mercédès s’extirpe de l’asphalte. GIENS / La maison, 1000 kilomètres. A l’aller, c’était plus confortable, plus rapide surtout :
A donf, route pêche direction le 2.9…L’accélération bascule mon fauteuil… lundi ce sera Kerpape et la rééducation.
Question de standing
La baie vitrée pareille au plasma de l’écran s’ouvre plein sud sur l’Île de Groix. Baignée de soleil, la salle s’apparente au solarium d’une station thermale. L’astre irradie nos visages protégés. Chef de rang au Gavroche de Londres et manager dans ce grand hôtel du bout de la croisette, le standing, j’ai côtoyé. Mais ce standing là ne s’apparente pas à ce standing ci. Les vacances n’ont pas le même goût qu’on les passent à Cannes où qu’on les subissent au Centre Mutualiste de Rééducation et de Réadaptation Fonctionnelles de Kerpape.
Voici déjà quelques années qu’à cause de cette chute, la motricité quitte le corps de cette femme splendide. La motricité s’arrête et survient la dépendance, les soins, le fauteuil. Elle ne se pilote plus. Alors, pour elle, comme pour moi à présent, la station debout devient artificielle mais nécessaire. Quasi en croix, retenue sur un matelas vertical par une épaisse ceinture, nos membres goûtent au sang désormais en zone de libre circulation. Sa quadraplégie et ma tétraplégie imposent leurs lignes de démarcation. Des espaces où le sang ne circule désormais qu’accompagné.
Je la regarde. Elle se régale du soleil de ce début mai. Soixante jours que je la regarde. Tranquille, sereine et classieuse. Hier après midi nous parlons pour une première fois. Je ne sais par quel biais, tout vient de Sofi la kiné. Elle nous apprend que deux pharmacies du secteur commercialisent un mélange de piment rouge, coriandre, cumin, curcuma, gingembre, girofle, cardamone, cannelle et fenugrec, qui convient parfaitement aux crustacés. Nous parlions épices de Lorient et elle de l’Algérie gourmande de sa famille. Je les ai écoutées, je l’ai dévorée. Ma contribution perso s’est limitée à l’oignon de Roscoff en chutney.
Elle quitte le centre en cette fin de semaine, mais y séjournera à nouveau. Une opération du bras gauche la contraint au déplacement sur Paris. Nous prenons un verre au bar, elle part, dommage…
Son retour, absorbe mes attentions. Cet espoir efface momentanément mon aigreur et tempère quelque peu ma haine. J’affronte un passage terrible. Je viens de perdre l’usage d’un de mes bras après onze heures d’opération. Coup de scalpel malencontreux, rupture du nerf médian, je suis écœuré.
Elle revient lundi, je la revois lundi. Nous prenons un thé au bar, on parle charcuterie, cicatrisation et on se dévore du regard, sérieux je suis amoureux. Elle éclate de rire et baisse la tête. Elle irradie mon intérieur, mon compte tour s’affole. Sofi nous attend demain matin, séance de kiné commune. Rendez vous 10h00.
Nuit turbulente, je cogite en souffrance et pense au lendemain. Je patiente un petit moment dans le couloir, elle me rejoint « ça va ? bien dormi ? » elle parle et me tend la joue… « ben-oui, bisou bisou », avec tendresse je m’éxécute. Ding la flèche ding les portes de l’ascenseur s’ouvrent, crissement des pneus sur le lino, on embarque, destination Unité Pondichéry. Je la regarde, et ses yeux me narguent, un air de « pas cap’…t’es pas cap’ »… ding les deux portes ding la flèche « j’suis cap », je t’embrasse, elle aussi est cap’, on s’embrasse. Je l’embrasse précieusement avec la grande classe qu’elle mérite, nos yeux s’embrassent aussi, trop bien…je recommence… trop bien elle recommence…ding la flèche ding les portes, j’avance le fauteuil, elle me rejoint ding la flèche, je l’embrasse. Ding, les portes cognent nos fauteuils, on s’embrasse goulûment bousculés par leur impact, on rit, même bousculés on s’embrasse, on en pleure de rire et de bonheur ding la flèche ding les portes comme des cloches célébrant notre union.
Je ne pensais jamais renouer de relations avec une fille…
Le soir même on réserve un transport, le ciné, le resto…ça fait quatre ans ces jours ci.
Nous sommes amoureux l’un de l’autre et se pose la question : « nos handicaps sont-ils compatibles ? On ne s’est pas préparé à une relation handicapée/handicapé
Bingo, ça l’fait complètement, alors pourquoi pas partager nos vies ? Je la rejoins sur Rennes et loue un 20 mètres carrés.
On se marre bien, assez complices pour faire du rafting ou encore du parapente. On milite dans des associations qui vont prendre en compte le handicap dans les transports, les bâtiments…
La gastronomie nous réunit : je choisis les vins, je cuisine. Elle dirige la tajine et les pâtés en croûte. On découvre le karigosse le mélange de Sofi.
Les pulsions, les excitations demeurent
Je ne pensais jamais renouer des relations avec une fille, rien ne marche sous le nombril chez moi…mais le bonheur vient de là (il frappe sa poitrine)
Nous avons découvert que nous pouvions faire l’amour en fauteuil sans être dans un lit. L’excitation c’est aussi le déshabillage, mais, c’est compliqué, il faut être capable de tout remettre.
Les caresses
Elle se penche, je la relève
Les regards et la tendresse des baisers
On se surprend à faire des choses que l’on a jamais faite.
Trois années, on a attendu trois ans avant de coucher ensemble, peu importait du moment que nous étions ensemble. Aujourd’hui je passe des nuits merveilleuses à la regarder, ça me comble. Elle est terrible.
Nous sommes amoureux et méfiants : y en a pas un pour rattraper l’autre.